« Quarante-sept étages sans ascenseur » par Roger Martin

Roger Martin, auteur de plus de trente romans noirs, a lu Les Morts sont sans défense. C’est dans l’Humanité du 2 août 2018.

https://www.humanite.fr/polar-quarante-sept-etages-sans-ascenseur-658806

C’est ici → Huma 02082018

Quarante-sept étages sans ascenseur. 

Multinationales, profit, corruption, impunité et gros cigares,  un monde parfait. Jusqu’à l’irruption d’un invité surprise.

Il y a de l’humour et de la douleur dans le récit de Philippe Stierlin. Et du rêve, puisque son personnage principal ne cesse de voyager, en quête de son île mystérieuse, comme avant lui Stevenson, London, Gauguin ou Brel. Et Peter Pan. Fuite ? Illusoire évasion ? Sans doute. Mais comment le reprocher à celui que l’effroyable noirceur des temps contraint à s’imaginer un avenir moins sombre ? Et comme on finit toujours par retomber sur terre, le héros malgré lui se verra réduit, au nom du souvenir et de l’amitié, à délaisser ses rêves d’errance. Clément Amadieu a grandi sous le signe de l’injustice. Individuelle, il en sait quelque chose, et patronale, les preuves n’en manquent pas autour de lui. La mort de deux anciens camarades dont il a été très proche sera sans doute la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Un Monte-Cristo moderne

Bien que ses pensées soient souvent placées sous le signe de Karl Marx, sa relation avec le révolutionnaire ayant commencé dès l’enfance par l’analyse des rapports d’exploitation à partir de l’achat d’un nounours en guimauve !, c’est dans l’action individuelle plus que dans celle des masses que notre Monte-Cristo moderne va placer la mission qu’il s’est assignée. Aussi, nul n’est besoin d’être grand clerc pour comprendre vite que la mort de Dominique Aguila, vice-président de la multinationale Énergies du monde, tombé de la terrasse de son bureau au sommet d’une tour de la Défense, n’est ni un accident qui arrangerait tout le monde, ni un suicide sur lequel se rabattre, mais bien un assassinat mené de main de maître. Si l’on ne peut qu’admirer la façon dont l’auteur met en place l’intrigue purement policière et son habileté à jongler avec tout ce qu’une tour pareille, dont les secrets doivent être protégés, offre de sécurité et de technologie prévenant tout danger, si l’on apprécie le face à face Amadieu-Jasper (Javert ?), commissaire et honnête homme, on doit avouer que l’intérêt principal du récit est ailleurs. Dans la dénonciation des abominations du capitalisme, du fonctionnement des grandes entreprises, entre recherche effrénée du profit, broyage des salariés et des cadres, opérations financières douteuses, évasion de capitaux. Loin de tout prêchi-prêcha moralisateur et rébarbatif. Comme chez Iain Levinson, on cloue certes au pilori un système inhumain mais si la critique est acerbe et virulente, l’humour caustique dont Stierlin parsème son récit lui permet de faire mouche plus sûrement qu’avec un pamphlet pesant. Du roman noir de haut niveau !

Roger Martin

Roger Martin, écrivain, chroniqueur et homme politique, vient de publier Le rêve brisé – Il y a 50 ans tombait Martin Luther King aux éditions De Borée.

                

Parmi ses autres ouvrages :

  • 2008 : Jusqu’à ce que mort s’ensuive (Le Cherche midi)
  • 2010 : Les Ombres du souvenir (Le Cherche midi)
  • 2013 : Dernier convoi pour Buchenwald (Le Cherche midi)
  • 2013 : L’Honneur perdu du commandant K (Oskar)
  • 2016 : Il est des morts qu’il faut qu’on tue (Le Cherche midi).

Egalement spécialiste de l’extrême-droite américaine, il a publié un roman noir chez Calmann-Lévy Skinheads en 1988, et AmeriKKKa : Voyage dans l’Internationale néo-fasciste en 1989, chez le même éditeur. 

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